www.comptafseg.net
Site Personnel de Nadhem Bardaâ  
 
Publication
 

 

Technologies de l’Information et de la Communication, Comptabilité & Enseignement.
Juillet 2001
La Revue Comptable et Financière N° 53 Troisième trimestre 2001

"Ouvre-toi Zézam!"

Oh! Je vous demande pardon! "Zézam" ; "La caverne" ; "Les bijoux" et "Ali Baba" ne sont plus à la mode.

La formule magique est devenue "TIC" ou encore "Technologies de l'Information et de la Communication". Elle est la clef du tout nouveau des mondes : celui de l'information. Dans ce monde, les trésors ne sont plus des perles et des émeraudes mais plutôt d'énormes opportunités et capacités de communication et, surtout, des informations. Ces informations sont de tout genre et se rapportent à tous les domaines envisageables : la bourse, l'immobilier, les universités, les lycées, les revues, les entreprises et la liste est encore trop longue...

"Ali Baba" quant à lui c'est vous, moi et chacun qui voit sa vie bouleversée par l'accès à la caverne et qui se trouve des heures et des heures en train de contempler ses trésors. Même ceux qui n'ont pas encore franchi la porte de la caverne ne résisteront plus longtemps à la tentation.

Mais qu'en est-il de la comptabilité, et en particulier, de l'enseignement de la comptabilité dans ce monde ?

Loin de la prétention d'être exhaustif, nous vous proposons dans ce qui suit une tentative de réponse à cette question. Afin d'aboutir à cet objectif, nous allons appréhender les implications des technologies de l'information et de la communication sur l'enseignement de la comptabilité à plusieurs niveaux, à savoir le contenu, la pédagogie et les dimensions temporelles et spatiales de l'enseignement.

Le contenu du message à passer aux étudiants en comptabilité

Une révision, même hâtive, de l'histoire de l'évolution de l'économie dans le monde, pendant la dernière décennie, nous mènera à constater que la technologie de l'information et de la communication a bouleversé l'ordre établit dans le monde des affaires.

L'intégration d'outils et de mécanismes, tels que le commerce électronique et la monnaie virtuelle dans les transactions, ont mis en doute non seulement nos connaissances traditionnelles sur les transactions, mais aussi les conceptions classiques de l'organisation et de son mode de gestion.

Dans ce nouveau contexte, des notions comme la responsabilité, le recouvrement, le contrôle, la valeur ajoutée, le contrat, l'unité, l'entité, le stock, la valeur, le potentiel productif ont des significations qui, si elles ne sont pas autres, elles sont du moins pas tout à fait les mêmes que celles longtemps inscrites dans les cours de gestion, de droit et de comptabilité.

La mise à jour des notions "obsolètes" ; l'introduction de nouveaux concepts ; l'adaptation des mécanismes                                                                             existants aux nouvelles réalités, seraient des actions à entreprendre pour actualiser le contenu des programmes universitaires de comptabilité afin de garantir un output conforme aux exigences du marché.

D'autre part, les nouvelles technologies de l'information et de la communication, en particulier l'Internet, offrent des sources d'informations inépuisables : Des bases de données (EDGAR, COMPUSTAT...) ; Des sites des associations professionnelles (AICPA, AAA, ICCA, AFC...) ; Les sites des revues spécialisées (CAMAGAZINE ; JOURNAL OF ACCOUNTING AND COMPUTERS ; LES ECHOS...) ; Des bibliothèques universitaires (UKY.EDU/LIBRAIRIES, KARMAK.COM) ; Les sites des laboratoires de recherches (Centre de Recherche en Gestion polytechnique UMR...).

Les étudiants en comptabilité doivent savoir manipuler ces outils et en tirer le maximum de profit sans pour autant s'y perdre car l'abondance de l'information peut être source de danger pour son utilisateur d'autant plus que nombre de ces informations se révèlent inutiles et peu pertinentes.

Pédagogie de l'enseignement de la comptabilité

Il nous faut beaucoup d'efforts pour convaincre quelqu'un de lire un livre, mais il en faut beaucoup plus pour le déplacer du devant de l'écran de télévision vers son ordinateur personnel.

Certes, il est utile d'étudier les avantages et les inconvénients de ce phénomène mais il serait plus opportun, je pense, de bien l'exploiter. En effet, il est fort évident de constater que nous ne pouvons pas attirer l'attention de notre auditoire en copiant d'un livre ou en dictant de nos notes. Par contre, nous pouvons garantir des niveaux respectables de motivations et d'implication par des programmes interactifs et/ou de simulation.

L'arsenal technologique de l'ère de l'info-media nous offre une gamme de produits d'un potentiel pédagogique assez élevé : des programmes avec des graphiques en 3D, des illustrations animées, des cas réels, des données en ligne (bourses...), des capacités de communication permettant l'intervention en direct des enseignants, des spécialistes et des experts siégeant à des milliers et des milliers de kilomètres des campus.

En ayant recours à ces outils, nous pouvons rompre avec l'image archaïque des amphis longtemps consacrés à des discours unilatéraux et des séances interminables de dictée qui rappellent le Meddeb et la Zaouia. L'université de l'ère de l'information en général, et les cours de comptabilité en particulier, doivent se métamorphoser en des espaces de dialogue et d'enrichissement mutuel permettant interaction et synergie positive entre étudiants, enseignants et autres acteurs en relation avec l'université.

Les dimensions temporelles et spatiales de l'enseignement

Tôt avant la reprise des cours, commence la course marathonienne des étudiants : ceux qui habitent très loin des universités auxquelles ils sont affectés cherchent des foyers privés ou publics, des maisons, des studios et même des garages à louer ; les plus "chanceux" dont les résidences sont moins lointaines ne sont pas épargnés de cette course ; ils se bousculent devant les guichets des sociétés de transport pour avoir leurs abonnements, ils tentent d'avoir leurs propres moyens de transport (en général des motos Peugeot 103).

Ce phénomène n'est pas nouveau, depuis longtemps, les gens se sont déplacés aux universités pour acquérir les connaissances qui y sont dispensées. La technologie de l'information et de la communication nous offre l'opportunité de faire parvenir les informations à quiconque, là où qu'il soit et à n'importe quel moment.

Grâce au télé-enseignement, à la messagerie électronique et aux forums de discussion, l'enseignement de la comptabilité ne sera plus prisonnier des murs des universités et des emplois de temps, il sera plus flexible en ce qui concerne aussi bien la localisation et les horaires.

De telles perspectives paraissent passionnantes pour les uns et menaçantes pour d'autres. Ceux-ci ne cessent pas de se questionner "A quoi servira alors l'université ?". Une telle question démontre une version assez réductrice de l'université. Celle-ci n'est pas définie par ses locaux (administration, tour des enseignants, amphis...) mais par la mission à laquelle elle est dévouée : celle d'enseigner, de faire propager le savoir, de transmettre une méthode et d'apprendre à réfléchir. Et il se trouve que par le biais de la technologie de l'information et de la communication, l'université accomplisse mieux cette mission.

Où on est de tout cela ?

L'enseignement traditionnel, avec manuels et cahiers, accompagné du tableau et, à l'occasion d'un projecteur, est la monnaie courante dans nos universités de gestion.

L'introduction des TIC dans nos programmes de cycles comptables est équivalente de l'enseignement des ABC de l'informatique qui semble avoir été conçue surtout pour éviter de créer des vagues dans l'institution. En effet, elle répond aux trois objectifs de base suivants :

1) Aboutir à une maîtrise très limitée de l'équipement informatique. Elle revient à utiliser l'interface proposée par le système d'exploitation.

2) Apprendre à se servir de trois ou quatre types de logiciels : un traitement de texte, un tableur, une petite base de données, un gestionnaire de courrier électronique.

3) Se familiariser avec un langage de programmation.

Et pour les chanceux, commencer à se familiariser avec Internet, c'est-à-dire, en pratique, apprendre à échanger du courrier, à «surfer» dans la Toile, à utiliser quelques moteurs de recherche. A l'occasion, on apprend à trouver un peu d'informations, mais la crainte des mauvaises rencontres limite sévèrement ces explorations.

Fort est de constater que cette pratique est, d'une part, trop généraliste pour soutenir directement la formation en comptabilité et d'autre part, trop limitée pour faire bénéficier les étudiants d'aujourd'hui, professionnels de demain, des opportunités offertes par les TIC.

En guise de conclusion

Nos méthodes d'enseignement de la comptabilité ne sont pas toujours les plus efficaces, le contenu de nos cours est inadapté aux nouvelles réalités. Notre système d'éducation doit donc se transformer pour faire face à la situation, être performant et mieux adapté aux nouvelles exigences économiques et sociales. Et il se trouve que l'utilisation adéquate des technologies d'information et de communication soit la solution à une grande partie de nos soucis. En effet, elles peuvent rendre le système d'éducation plus efficace et plus performant, pour peu qu'on veuille s'en donner la peine et s'adapter aux changements nécessaires.

Enfin, et pour terminer, deux éléments importants sont à signaler :

La révolution des technologies d'information et de communication n'aura ni lieu ni effets sans :

§         L'inculcation d'une culture informationnelle solide aux étudiants ;

§         Une plus large et meilleure accessibilité aux solutions technologiques proposées.

Et il ne faut pas croire que cette révolution est sans risques ni dangers. Plusieurs penseurs ont émis des réserves sur une adhésion non réfléchie dans l'ère de l'info-media. A ce propos, nous citons José Samarago, prix Nobel de littérature en 1998 :

L'information nous rend plus savants et plus sages si elle nous rapproche des hommes. Or, avec la possibilité d'accéder, de loin, à tous les documents dont nous avons besoin, le risque augmente d'inhumanisation et d'ignorance. Désormais, la clé de la culture ne réside pas dans l'expérience et le savoir, mais dans l'aptitude à chercher l'information à travers les multiples canaux et gisements qu'offre Internet. On peut ignorer le monde, ne pas savoir dans quel univers social, économique et politique on vit, et disposer de toute l'information possible. La communication cesse ainsi d'être une forme de communion. Comment ne pas regretter la fin de la communication réelle, directe, de personne à personne ? (Samarago, 1998).

Bibliographie

  • DE KONINCK Thomas, Gilbert LAROCHELLE & André MINEAU, "Les défis de la culture et de l'éthique aux NTIC" Education & Francophonie, Volume XXVII, n° 2, automne - hiver 1999.
  • COGAN, Janis L. "Three Waves of Change on the Web" Journal of Accounting and Computers Issue, décembre 1999.
  • KOELSH, Frank The Infomedia Revolution : How It Is Changing our world and your life, Toronto Montreal : McGraw-Hill Ryerson, 1995.
  • SAMARAGO, José "A quoi sert la communication ?", Le Monde diplomatique, décembre 1998.

 

 

 Bardaâ Nadhem

 

 

 
 
Accueil
Cursus
Mémoire
Publications
Etudiants
Liens utiles
Contact