"Ouvre-toi
Zézam!"
Oh!
Je vous demande pardon! "Zézam" ; "La caverne"
; "Les bijoux" et "Ali Baba" ne sont plus à
la mode.
La formule
magique est devenue "TIC" ou encore "Technologies
de l'Information et de la Communication". Elle est la clef
du tout nouveau des mondes : celui de l'information. Dans ce monde,
les trésors ne sont plus des perles et des émeraudes mais plutôt
d'énormes opportunités et capacités de communication et, surtout,
des informations. Ces informations sont de tout genre et se rapportent
à tous les domaines envisageables : la bourse, l'immobilier, les
universités, les lycées, les revues, les entreprises et la liste
est encore trop longue...
"Ali
Baba" quant à lui c'est vous, moi et chacun qui voit sa vie
bouleversée par l'accès à la caverne et qui se trouve des heures
et des heures en train de contempler ses trésors. Même ceux qui
n'ont pas encore franchi la porte de la caverne ne résisteront plus
longtemps à la tentation.
Mais qu'en
est-il de la comptabilité, et en particulier, de l'enseignement
de la comptabilité dans ce monde ?
Loin de
la prétention d'être exhaustif, nous vous proposons dans ce qui
suit une tentative de réponse à cette question. Afin d'aboutir à
cet objectif, nous allons appréhender les implications des technologies
de l'information et de la communication sur l'enseignement de la
comptabilité à plusieurs niveaux, à savoir le contenu, la pédagogie
et les dimensions temporelles et spatiales de l'enseignement.
Le contenu du
message à passer aux étudiants en comptabilité
Une révision,
même hâtive, de l'histoire de l'évolution de l'économie dans le
monde, pendant la dernière décennie, nous mènera à constater que
la technologie de l'information et de la communication a bouleversé
l'ordre établit dans le monde des affaires.
L'intégration
d'outils et de mécanismes, tels que le commerce électronique et
la monnaie virtuelle dans les transactions, ont mis en doute non
seulement nos connaissances traditionnelles sur les transactions,
mais aussi les conceptions classiques de l'organisation et de son
mode de gestion.
Dans ce
nouveau contexte, des notions comme la responsabilité, le recouvrement,
le contrôle, la valeur ajoutée, le contrat, l'unité, l'entité, le
stock, la valeur, le potentiel productif ont des significations
qui, si elles ne sont pas autres, elles sont du moins pas tout à
fait les mêmes que celles longtemps inscrites dans les cours de
gestion, de droit et de comptabilité.
La mise
à jour des notions "obsolètes" ; l'introduction de nouveaux
concepts ; l'adaptation des mécanismes
existants aux nouvelles réalités, seraient des actions à entreprendre
pour actualiser le contenu des programmes universitaires de comptabilité
afin de garantir un output conforme aux exigences du marché.
D'autre
part, les nouvelles technologies de l'information et de la communication,
en particulier l'Internet, offrent des sources d'informations inépuisables
: Des bases de données (EDGAR, COMPUSTAT...) ; Des sites des associations
professionnelles (AICPA, AAA, ICCA, AFC...) ; Les sites des revues
spécialisées (CAMAGAZINE ; JOURNAL OF ACCOUNTING AND COMPUTERS ;
LES ECHOS...) ; Des bibliothèques universitaires (UKY.EDU/LIBRAIRIES,
KARMAK.COM) ; Les sites des laboratoires de recherches (Centre de
Recherche en Gestion polytechnique UMR...).
Les étudiants
en comptabilité doivent savoir manipuler ces outils et en tirer
le maximum de profit sans pour autant s'y perdre car l'abondance
de l'information peut être source de danger pour son utilisateur
d'autant plus que nombre de ces informations se révèlent inutiles
et peu pertinentes.
Pédagogie de
l'enseignement de la comptabilité
Il nous
faut beaucoup d'efforts pour convaincre quelqu'un de lire un livre,
mais il en faut beaucoup plus pour le déplacer du devant de l'écran
de télévision vers son ordinateur personnel.
Certes,
il est utile d'étudier les avantages et les inconvénients de ce
phénomène mais il serait plus opportun, je pense, de bien l'exploiter.
En effet, il est fort évident de constater que nous ne pouvons pas
attirer l'attention de notre auditoire en copiant d'un livre ou
en dictant de nos notes. Par contre, nous pouvons garantir des niveaux
respectables de motivations et d'implication par des programmes
interactifs et/ou de simulation.
L'arsenal
technologique de l'ère de l'info-media nous offre une gamme de produits
d'un potentiel pédagogique assez élevé : des programmes avec des
graphiques en 3D, des illustrations animées, des cas réels, des
données en ligne (bourses...), des capacités de communication permettant
l'intervention en direct des enseignants, des spécialistes et des
experts siégeant à des milliers et des milliers de kilomètres des
campus.
En ayant
recours à ces outils, nous pouvons rompre avec l'image archaïque
des amphis longtemps consacrés à des discours unilatéraux et des
séances interminables de dictée qui rappellent le Meddeb et la Zaouia.
L'université de l'ère de l'information en général, et les cours
de comptabilité en particulier, doivent se métamorphoser en des
espaces de dialogue et d'enrichissement mutuel permettant interaction
et synergie positive entre étudiants, enseignants et autres acteurs
en relation avec l'université.
Les dimensions
temporelles et spatiales de l'enseignement
Tôt avant
la reprise des cours, commence la course marathonienne des étudiants
: ceux qui habitent très loin des universités auxquelles ils sont
affectés cherchent des foyers privés ou publics, des maisons, des
studios et même des garages à louer ; les plus "chanceux"
dont les résidences sont moins lointaines ne sont pas épargnés de
cette course ; ils se bousculent devant les guichets des sociétés
de transport pour avoir leurs abonnements, ils tentent d'avoir leurs
propres moyens de transport (en général des motos Peugeot 103).
Ce phénomène
n'est pas nouveau, depuis longtemps, les gens se sont déplacés aux
universités pour acquérir les connaissances qui y sont dispensées.
La technologie de l'information et de la communication nous offre
l'opportunité de faire parvenir les informations à quiconque, là
où qu'il soit et à n'importe quel moment.
Grâce au
télé-enseignement, à la messagerie électronique et aux forums de
discussion, l'enseignement de la comptabilité ne sera plus prisonnier
des murs des universités et des emplois de temps, il sera plus flexible
en ce qui concerne aussi bien la localisation et les horaires.
De telles
perspectives paraissent passionnantes pour les uns et menaçantes
pour d'autres. Ceux-ci ne cessent pas de se questionner "A
quoi servira alors l'université ?". Une telle question démontre
une version assez réductrice de l'université. Celle-ci n'est pas
définie par ses locaux (administration, tour des enseignants, amphis...)
mais par la mission à laquelle elle est dévouée : celle d'enseigner,
de faire propager le savoir, de transmettre une méthode et d'apprendre
à réfléchir. Et il se trouve que par le biais de la technologie
de l'information et de la communication, l'université accomplisse
mieux cette mission.
Où on est de
tout cela ?
L'enseignement
traditionnel, avec manuels et cahiers, accompagné du tableau et,
à l'occasion d'un projecteur, est la monnaie courante dans nos universités
de gestion.
L'introduction
des TIC dans nos programmes de cycles comptables est équivalente
de l'enseignement des ABC de l'informatique qui semble avoir été
conçue surtout pour éviter de créer des vagues dans l'institution.
En effet, elle répond aux trois objectifs de base suivants :
1) Aboutir
à une maîtrise très limitée de l'équipement informatique. Elle revient
à utiliser l'interface proposée par le système d'exploitation.
2) Apprendre
à se servir de trois ou quatre types de logiciels : un traitement
de texte, un tableur, une petite base de données, un gestionnaire
de courrier électronique.
3) Se
familiariser avec un langage de programmation.
Et pour
les chanceux, commencer à se familiariser avec Internet, c'est-à-dire,
en pratique, apprendre à échanger du courrier, à «surfer» dans la
Toile, à utiliser quelques moteurs de recherche. A l'occasion, on
apprend à trouver un peu d'informations, mais la crainte des mauvaises
rencontres limite sévèrement ces explorations.
Fort est
de constater que cette pratique est, d'une part, trop généraliste
pour soutenir directement la formation en comptabilité et d'autre
part, trop limitée pour faire bénéficier les étudiants d'aujourd'hui,
professionnels de demain, des opportunités offertes par les TIC.
En guise de conclusion
Nos méthodes
d'enseignement de la comptabilité ne sont pas toujours les plus
efficaces, le contenu de nos cours est inadapté aux nouvelles réalités.
Notre système d'éducation doit donc se transformer pour faire face
à la situation, être performant et mieux adapté aux nouvelles exigences
économiques et sociales. Et il se trouve que l'utilisation adéquate
des technologies d'information et de communication soit la solution
à une grande partie de nos soucis. En effet, elles peuvent rendre
le système d'éducation plus efficace et plus performant, pour peu
qu'on veuille s'en donner la peine et s'adapter aux changements
nécessaires.
Enfin,
et pour terminer, deux éléments importants sont à signaler :
La révolution
des technologies d'information et de communication n'aura ni lieu
ni effets sans :
§
L'inculcation d'une culture informationnelle solide aux étudiants
;
§
Une plus large et meilleure accessibilité aux solutions technologiques
proposées.
Et il ne
faut pas croire que cette révolution est sans risques ni dangers.
Plusieurs penseurs ont émis des réserves sur une adhésion non réfléchie
dans l'ère de l'info-media. A ce propos, nous citons José Samarago,
prix Nobel de littérature en 1998 :
L'information nous rend plus savants et plus sages si elle nous
rapproche des hommes. Or, avec la possibilité d'accéder, de loin,
à tous les documents dont nous avons besoin, le risque augmente
d'inhumanisation et d'ignorance. Désormais, la clé de la culture
ne réside pas dans l'expérience et le savoir, mais dans l'aptitude
à chercher l'information à travers les multiples canaux et gisements
qu'offre Internet. On peut ignorer le monde, ne pas savoir dans
quel univers social, économique et politique on vit, et disposer
de toute l'information possible. La communication cesse ainsi d'être
une forme de communion. Comment ne pas regretter la fin de la communication
réelle, directe, de personne à personne ? (Samarago, 1998).
Bibliographie
-
DE KONINCK
Thomas, Gilbert LAROCHELLE & André MINEAU, "Les défis
de la culture et de l'éthique aux NTIC" Education & Francophonie,
Volume XXVII, n° 2, automne - hiver 1999.
-
COGAN,
Janis L. "Three Waves of Change on the Web" Journal
of Accounting and Computers Issue, décembre 1999.
-
KOELSH,
Frank The Infomedia Revolution : How It Is Changing our world
and your life, Toronto Montreal : McGraw-Hill Ryerson, 1995.
-
SAMARAGO,
José "A quoi sert la communication ?", Le Monde diplomatique,
décembre 1998.
Bardaâ
Nadhem
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