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Convaincu que
«face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que
changer le pansement», nous avons voulu que ce travail soit :
- Une tentative
d’appréhension des mutations majeures qui sont survenues, ces deux
dernières décennies, dans le monde des affaires et de leurs impacts,
en terme d’exigences, sur la profession comptable.
- Une analyse de
quelques symptômes pathologiques de l’éducation comptable et une
réflexion sur quelques propositions de solutions aux problématiques
soulevées.
1. Les changements
dans le monde des affaires
Le monde des
affaires ne cesse d’être affecté par deux changements majeurs à savoir
: l’internationalisation des phénomènes économiques & le développement
de la technologie informationnelle :
L’internationalisation des phénomènes économiques :
Dès la fin des années 80, la Tunisie a emprunté un virage qui devrait
la mener à s’intégrer dans le paysage économique mondial. Ce paysage
est de plus en plus caractérisé par l’internationalisation et la
globalisation des phénomènes économiques. Loin du protectionnisme des
années 60, 70 et 80, nous évoluons dans un univers où les flux de
capitaux financiers, de biens et de services sont, de plus en plus,
fluides.
Le
développement de la technologie informationnelle :
La révolution informationnelle, en particulier le développement des
hardwares et des softwares de traitement et de communication, a rendu
la préparation et la dissémination de l’information plus faciles et
moins coûteuses. Cette évolution a brisé, sinon réduit, les
contraintes de temps et d’espace délimitant auparavant le champ
d’exploitation des informations.
Ces deux
changements majeurs ont contribué à l’apparition de trois
caractéristiques au niveau du monde des affaires à savoir «la
disponibilité de l’information», «la diminution des coûts de
transactions» & «l’apparition d’une concurrence accrue» ce qui a
engendré entr’autres, les implications suivantes :
§
Les cycles de vie
des produits ainsi que des avantages compétitifs sont devenus très
courts voire éphémères.
§
Un besoin accru
pour des décisions managériales plus rapides, plus pertinentes et plus
décisives,
§
Apparition de
nouveaux types de firmes, d’industries et de services,
§
Externalisation
des activités à basse valeur ajoutée,
§
Croissance de
l’incertitude et de la complexité ainsi que la conscience du risque,
§
Complication des
transactions,
§
Concentration sur
la satisfaction du client,...
On a toujours
affirmé que la comptabilité est le langage des affaires, et puisque le
monde des affaires connaît des changements fondamentaux, son langage
ancien, basé essentiellement sur le modèle du coût historique, doit se
métamorphoser pour répondre aux nouvelles exigences. Un tel changement
est motivé par une demande accrue des informations non financières et
des projections futures et est favorisé par l’émergence d’un arsenal
technologique qui rend l’élaboration et la diffusion de l’information
moins coûteuse qu’auparavant.
De plus, le
développement de diverses formes d’entreprises et d’organisations
radicalement nouvelles, a causé l’émergence d’exigences nouvelles
quant à la qualité et la nature des prestations des professionnels de
la comptabilité. Ainsi les cabinets d’expertise comptable seront
appelés à fournir à leurs clients de nouveaux services basés sur
l’analyse du risque et la compréhension de la complexité ainsi qu’une
gamme plus élargie des services d’audit tel que l’audit opérationnel.
Face à ces
réalités et suite à une analyse même hâtive de la réalité des études
comptables, il est évident de constater que le contenu de nos cours
n’est pas toujours adéquat avec le besoin de nos entreprises et nos
cabinets.
De nombreuses
entreprises sont en train de se rendre compte des défis qu’elles sont
appelées à affronter et de changer pour être à la taille de ces défis.
Changer n’est plus une option ou un confort mais plutôt une condition
nécessaire pour la survie.
Et nous pensons
que l’enseignement de la comptabilité doit accompagner ce changement
et préparer les futurs cadres et experts-comptables qui lui serviront
de vecteurs.
Nous tenterons de
démontrer dans un premier lieu que l’état actuel des études comptables
ne leurs permet pas de jouer ce rôle. Puis nous discuterons quelques
propositions de solutions.
2. Éducation comptable
: état des lieux
«Le plus difficile
n’est pas de faire accepter des idées nouvelles, mais de faire oublier
les anciennes» J M. Keynes.
Le
contenu des cours de comptabilité :
Les connaissances
dispensées dans nos cours de sciences comptables sont fortement
adéquates avec les exigences en information des approches de gestion
considérant les entreprises comme des portefeuilles de produits à
gérer dans les meilleures conditions de rentabilité.
Les mutations
économiques et technologiques ont rendu caduques ces approches qui ont
fait place à de nouvelles appréhensions basées sur la perception de
l’entreprise en tant qu’un portefeuille de «compétences génériques» à
partir desquels pourront être mis au point de nouveaux produits.
Face à ces
réalités, nos programmes de sciences comptables semblent être trop
étroits, souvent désuets, généralement conçus sans références aux
besoins du marché et ne couvrent pas profondément et pertinemment des
notions comme l’éthique, la globalisation, la technologie et
l’innovation.
En plus, nous
continuons dans nos cours de comptabilité à procéder comme si
l’information comptable et financière était encore chère. Cette
hypothèse tacite contredit la réalité. A quoi sert donc de gaspiller
tant de temps à apprendre l’enregistrement des transactions et la
présentation des états sur le compte des autres connaissances à plus
grande valeur ajoutée. Cette remarque est aussi bien valable pour la
comptabilité financière que pour celle de gestion.
La
Pédagogie :
Sans vouloir dire
du mal des modèles pédagogiques généralement utilisés dans les cours
et les travaux dirigés dispensés aux étudiants de comptabilité, nous
estimons que leur efficacité n’est pas évidente. Une inefficacité qui
trouve ses origines dans plusieurs symptômes marquant les processus du
transfert du savoir et d’évaluation ainsi que l’état d’âme de la
plupart des étudiants dans notre université :
- Symptôme du «Meddeb
& de la Zeouia» : Réincarnations des séances d’apprentissage des
textes sacrés, les cours des études comptables sont des séances
interminables de dictée monotone où l’enseignant détient le monopole
du savoir. Les travaux dirigés, où la correction des séries
d’exercices est le plat principal, ne font pas meilleure recette.
Cette manière de procéder n’est pas adéquate avec l’essence même de la
comptabilité moderne qui ne peut se réduire à un ensemble de règles
figées à apprendre par cœur. De plus, ceci ne favorise pas la
préparation des étudiants à être des citoyens et des professionnels
compétents formulant des jugements, émettant des opinions et soutenant
l’action managériale.
- Symptôme du
«Perroquet» : Les épreuves d’évaluation sont basées sur la
mémorisation et les tests de contenu. «Ne critique pas, ne négocie
pas, pour l’examen il suffit de bien apprendre vos cours et de bien
faire, refaire et pourquoi pas apprendre aussi les séries». Cette
caractéristique découle de la première et son impact est aussi
dangereux car les étudiants remarquent en général qu’ils ont tout
simplement oublié ce qu’ils ont appris dans les semaines qui suivent
l’examen si ce n’est avant.
- Symptôme du
diplôme : L’objectif ultime de la plupart des étudiants en
comptabilité est d’obtenir des diplômes et non pas d’être de futurs
bons professionnels. Cette attitude est nourrie par un comportement
opportuniste focalisant sur la réussite aux examens sans se soucier de
l’apprentissage et de la formation. Ce comportement est favorisé par
le contenu des cours, de la pédagogie de l’enseignement ainsi que par
la nature du système d’évaluation. Ces trois éléments contribuent à la
surévaluation des diplômes. Les diplômes (maîtrise et révision)
attestent, avec plus ou moins d’efficacité et de pertinence, la
maîtrise par le diplômé des connaissances qui lui ont été disposées
pendant ces années d’études comptables. Or, et en considérant la
rapidité des mutations économiques et technologiques, une grande
partie de ces connaissances ne serait plus utile après quelques années
de travail.
D’une manière
générale et sauf quelques exceptions, l’approche pédagogique soutenant
l’enseignement de la comptabilité dans nos facultés, écoles et
instituts supérieurs manque de créativité et ne prépare pas les
étudiants pour le monde des affaires marqué par l’ambiguïté et
l’incertitude.
En plus, elle ne
leur confère pas la capacité d’acquérir des compétences nouvelles qui
leurs permettent d’intégrer un environnement exigeant, en plus du
savoir et du savoir-faire, de nouvelles aptitudes comportementales et
de communication favorisant la synergie des compétences et des
intelligences ainsi que le transfert du savoir.
En réalité, les
approches pédagogiques dominantes ne permettent pas au futur
professionnel d’acquérir la maturité qui lui est nécessaire pour
s’intégrer dans la réalité des affaires. Les stages obligatoires que
les étudiants sont appelés à effectuer sont utiles mais, on y apprend
des fois moins que ce qu’on aurait pu acquérir à partir d’ateliers ou
de simulateurs virtuels qu’offrent les nouvelles technologies.
3. En guise de
solutions :
(1) Une approche différente :
De plus en plus,
les facultés et écoles supérieures, délivrant des diplômes en
comptabilité, sont censées opérer dans des environnements peu stables
et sont confrontées à une demande plus exigeante, de part la société
et de part le marché du travail à la fois en termes de connaissances,
de savoir et de savoir faire et en termes de comportements.
Une nouvelle
logique doit soutenir les mécanismes de fonctionnement interne des
départements de comptabilité, en particulier, en ce qui concerne
l’établissement des programmes d’études et d’activités. Cette logique
doit se baser sur :
L’ouverture au
service de la réactivité :
être à l’écoute
des entreprises et des professionnels de la comptabilité n’est plus
suffisant pour cerner les enjeux majeurs affrontant l’enseignement de
la comptabilité et pour leur faire face. Une ouverture efficace sur
l’environnement passe inéluctablement par le recours à des
partenariats favorisant non seulement le dialogue constructif, mais
aussi des synergies positives au service des projets concrets et d’une
adaptabilité plus grande aux mutations majeures. Ainsi, les
représentants des professionnels de la comptabilité et des entreprises
doivent être des partenaires à part entière dans l’établissement des
orientations stratégiques des facultés de gestion et dans la
conception et le perfectionnement des programmes d’études comptables.
L’autonomie :
Donner
aux départements de comptabilité une autonomie dans l’établissement de
leurs orientations et dans la conception de leurs programmes d’étude
par rapport au ministère de tutelle, permet un pilotage plus souple du
système éducatif, accélère le rythme des restructurations et des
réformes des programmes d’études.
L’expérimentation
et l’innovation :
La stagnation et la passivité peuvent nous priver des opportunités
qu’offre la discipline. Equilibrer rigueur et liberté dans la
conception des programmes, des cours et pourquoi pas des diplômes de
comptabilité se présente comme l’une des rares issues favorisant le
perfectionnement des prestations des facultés qui enseignent les
sciences comptables. Ainsi, la pertinence de chaque cours dispensé, de
chaque méthode utilisée doit être révisée périodiquement compte tenu
des données de la contingence. Les décisions et les comportements qui
se révèlent non pertinents doivent céder la place à de nouvelles
approches.
(2) Un message différent :
Pour réussir le
pari de l’excellence, l’abandon de la vision réductrice qui considère
le professionnel de la comptabilité comme un simple teneur de livre
«book keeper» semble inéluctable. Un tel changement nécessite une
formation innovatrice basée sur l’acquisition d’un ensemble de
connaissances et de qualités différant substantiellement de celles
délivrées dans nos cours :
Des connaissances
comptables & un savoir général :
Reconnaître que la
fonction du comptable n’est pas seulement la préparation des états
financiers nécessite :
-
L’approfondissement des notions traitées dans les cours de
comptabilité financière, de fiscalité, de comptabilité de gestion et
d’audit et surtout la présentation de ces différentes matières comme
un ensemble de connaissances complémentaires et indissociables,
servant à l’analyse et à la résolution des différentes
problématiques pratiques rencontrées par les organisations ;
-
Une plus
grande intégration des notions relatives aux processus de prise de
décision et aux systèmes d’information ;
-
Une grande
sensibilisation aux responsabilités professionnelles et éthiques du
comptable.
En sus de ces
aménagements relatifs directement aux disciplines comptables, la mise
à niveau des études comptables exige l’élargissement des horizons de
connaissance des futurs professionnels de la comptabilité et ce :
-
En leur
transférant des connaissances de base dans des domaines autres que
la comptabilité (économie, mathématiques, sciences sociales...) ;
-
En leur
permettant de concevoir une certaine vision du monde qui intègre
l’appréhension des différences et des contradictions économiques,
politiques, sociales, culturelles dans leurs environnements
immédiats et à travers le monde ;
-
En les aidant
à valoriser les avantages des comportements éthiquement corrects ;
-
En leur
procurant les préalables de l’outil méthodo-logique et de
l’apprentissage constructif et durable.
Des aptitudes et
des qualités :
En plus de ces connaissances à maîtriser par les étudiants en
comptabilité, il existe un ensemble de savoirs comportementaux que ces
étudiants doivent acquérir et traduire dans leur vie de professionnels
et de citoyens. Par savoirs comportementaux nous entendons un ensemble
de qualités et d’attitudes : intellectuelles (raisonnement logique,
analyse critique, appréhension et résolution des problèmes non
conventionnels et non structurés...), personnelles (créativité,
intégrité, tolérance, application, l’aptitude à définir un ordre de
priorité pour pouvoir gérer le temps et le stress...),
communicationnelles (écouter les idées des autres et faire parvenir
ses idées à travers divers médias...), interpersonnelles (aptitude à
travailler en groupe et de traiter les conflits et les divergences...)
et morales (capacité d’émettre des décisions basées sur un
raisonnement s’appuyant sur un système de valeurs et de convictions,
conscience des obligations sociales et morales...).
(3) De nouvelles méthodes d’enseignement :
La nouvelle
pédagogie devrait nous permettre de nous débarrasser de l’excès de
dictée et des tests de mémorisation pour nous concentrer sur le
développement des compétences critiques des futurs citoyens
professionnels capables de se tailler une place dans une économie
mondiale.
Le développement
de ces compétences qui englobent un ensemble d’aptitudes et
d’attitudes d’analyse, de communication orale et écrite,
d’interprétation, de prise de décision et de l’apprentissage du
traitement des événements incertains et des difficultés non
conventionnelles pourrait être favorisé grâce au recours aux exposés,
aux études de cas, aux ateliers virtuels et simulations informatiques,
aux expériences en dehors des classes, au travail en groupe, à
l’élaboration et à la gestion de projets, aux stages et aux études sur
terrains.
Si nous conjuguons
le recours à ces méthodes avec l’utilisation de la gamme de produits
que nous offre l’arsenal technologique de l’ère de l’info-média qui
jouissent d’un potentiel pédagogique assez élevé, nous pouvons rompre
avec l’image archaïque des amphis longtemps consacrés à des discours
unilatéraux et à des séances interminables de dictée.
Les facultés et
les écoles supérieures délivrant des diplômes en comptabilité doivent
se métamorphoser en des espaces de dialogue et d’enrichissement mutuel
permettant interaction et synergie positive entre étudiants,
enseignants et autres acteurs en relation avec l’université, faire en
sorte que l’on passe de l’enseignement supérieur à l’éducation
supérieure.
4. Conclusion
Les enjeux sont
grands, les défis ne le sont pas moins, mais nos potentiels
d’innovation et d’excellence sont aussi importants.
L’histoire nous
enseigne que la réussite est le fruit des efforts des hommes qui
«jugent les phares à leurs clartés, et non à l’ombre qui tourne après
elles».
L’avenir, en
général, et celui de la comptabilité en particulier est un domaine de
volonté et de pouvoir. Et grâce à une analyse pertinente des
opportunités et des menaces des avenirs possibles et à force de
persévérer, nous pouvons ériger la comptabilité (en tant que
discipline et profession) au rang des activités créatrices à haute
valeur ajoutée au service de notre économie et de notre société. Un
tel rôle appelle des réflexions approfondies en vue d’une grande
réforme de l’enseignement et de la formation dans le domaine de la
comptabilité.
Bardaâ Nadhem
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