Une
direction efficace redonne les priorités. Un management efficace
est l'autorité les concrétisant. [Stephen Covey]
1.
Introduction
L'application
des dispositions du système comptable des entreprises 1997 nécessite
la mise en place d'un dispositif fédérateur intégrant les préoccupations
financières et managériales de l’entreprise. En effet, le choix
et la définition des orientations comptables conduisent nécessairement
à reformuler les données historiques, analytiques, prévisionnelles
ainsi que les indicateurs de performance en sus de la mise en place
d'un dispositif de contrôle et de maîtrise des activités.
Dans cette optique,
la comptabilité n'est pas l'œuvre exclusive des cadres et agents
comptables ayant acquis une habileté particulière dans l’application
des règles généralement admises pour saisir et classer les faits
économiques justifiant la tenue d’une comptabilité.
Pour que la
direction puisse se porter garante de la qualité de l'information
qui est donnée dans les états financiers de l’entreprise, elle doit
procéder à un ensemble de choix organisationnels qui conditionnent
la qualité de l'information comptable produite.
L’objectif
de ce travail est de repérer, à travers une lecture analytique des
dispositions du système comptable et des apports de plusieurs travaux
de recherche en sciences comptables, les principaux choix que les
dirigeants de l’entreprise doivent effectuer afin de :
- garantir un
certain niveau de qualité à l’output de l’organisation comptable
à savoir les états financiers,
- tirer un meilleur
profit des outils précis et pertinents que le système comptable
met à leur disposition.
L’analyse que
nous développons repose sur les postulats suivants :
- L'information
comptable offerte par les entités économiques est un acte organisationnel.
Observer l’information comptable et financière au travers de ce
prisme signifie qu’elle n’est pas à considérer comme seulement induite
par les contraintes de normalisation édictées dans la loi comptable.
Elle est plutôt la résultante d’un processus reflétant les contraintes
de la structure et les choix des acteurs.
- L'entreprise
dispose d'une grande latitude pour organiser sa fonction comptable.
Toutefois, l’organisation comptable doit prendre en compte les paramètres
spécifiques à chaque entreprise car ils en conditionnent la pertinence.
Les décisions
et choix effectués par les dirigeants et qui ont un impact potentiel
sur les restitutions comptables de l’entreprise sont de différentes
natures. Nous nous intéressons dans ce travail aux décisions relatives
à l'organisation, qui comprennent les dimensions structurelles,
matérielles, humaines et procédurales.
2.
Les décisions à portée structurelle
Il n'y a pas
une structure meilleure mais différentes structures qui sont les
meilleures dans différentes conditions. [J. Woodward]
Au-delà des
obligations légales et des stipulations du cadre conceptuel de la
comptabilité qui spécifient les utilisateurs externes (investisseurs
et bailleurs de fonds) comme utilisateurs privilégiés de l’information
comptable et financière, la plupart des fonctions de l'entreprise
sont à la fois fournisseurs et clients internes de la fonction comptable.
Celle-ci se doit de satisfaire leurs besoins pour qu’elles puissent
assurer leur rôle de prise de décisions conditionnant la performance
de l'entreprise.
Cette complémentarité
fait que la fonction comptable n'existe que par les liens qu'elle
tisse avec d'autres activités de l'entreprise et que la fiabilité
de ses restitutions résulte de l'intervention de diverses fonctions
de l'entreprise.
Il en résulte
que la direction de l’entreprise doit se prononcer sur la place
de la fonction comptable dans l'organigramme de structure globale
de l'entreprise.
Dans la même
ligne de pensées, la direction de l’entreprise doit :
-
limiter
l'étendue du domaine de compétence de la fonction comptable.
Il s'agit de cerner le périmètre de la fonction et le niveau
de centralisation et de décentralisation,
-
déterminer
à quelle organisation appartient chacune des activités des processus
: interne ou externe à l'entité, au sein ou en dehors du service
comptable.
Ce choix doit
être opéré en tenant compte du fait que les choix en matière d’organisation
comptable doivent être compatibles avec les évolutions stratégiques
de l'ensemble de l’entreprise.
3.
Les décisions à portée matérielle
La technologie
de l'information a changé la façon dont les gens créent de la valeur
économique. [Alan Greenspan]
Les évolutions
dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de
la communication ont un impact direct sur le traitement, l'analyse
et la présentation de l’information comptable financière mais aussi
la conception du rôle du service comptable au sein de l’entreprise.
En effet, l’apparition des progiciels de gestion intégrés, le développement
des réseaux… contribue à mieux intégrer les données de la comptabilité
financière dans la gestion de l’entreprise ; Ces systèmes
et techniques de traitement de l'information :
- concourent
à améliorer la fiabilité des données et les délais de restitution
des états financiers et les rendent plus accessibles à une gamme
plus large d’utilisateurs,
- permettent
l’alimentation des bases de données des entreprises par des informations
non-comptables et rendent inutile l'enregistrement autonome des
écritures comptables.
Les dirigeants
de l’entreprise doivent se doter des équipements et moyens de traitement
de l'information les mieux adaptés à la réalité de l'activité, à
la taille de l'entreprise et à la décentralisation du processus
comptable. Ils doivent aussi travailler à faire évoluer les mentalités
pour promouvoir l’utilité de ses outils aux yeux des opérationnels
au niveau de toutes les entités de l’entreprise.
4.
Les décisions à portée humaine
"Mettre
la bonne personne à la bonne place fait progresser une organisation.
Mettre les bonnes
personnes aux bonnes places accentue cette progression.
Quand plusieurs
bonnes personnes sont à la bonne place, l'entreprise peut alors
se hisser à des niveaux souvent inespérés". [Claude R. Tremblay]
Les différents
acteurs comptables jouissent d’une certaine marge de manœuvre, leurs
caractéristiques respectives déterminent potentiellement, du moins
partiellement, les différents aspects du système d’information comptable,
en particulier son architecture, sa performance et son output à
savoir les états financiers.
Différents
auteurs s’accordent pour souligner que le comptable interne est
un acteur important, sinon essentiel, pour influencer l’état des
pratiques comptables dans les entreprises. La formation, l’âge et
l’expérience du comptable interne le prédisposent à s'impliquer
dans la conception du système d'information comptable et de gestion
et à analyser les résultats et les performances de l’entreprise
pour soutenir l’action managériale.
À l’égard des
caractéristiques de la formation des comptables salariés, Chapellier
(1994) montre une relation significative entre la formation professionnelle
et la qualité des systèmes de données comptables.
Outre le comptable
interne (salarié), le comptable externe est un acteur apte d’influencer
les pratiques comptables. Ces professionnels de la comptabilité
sont de fait parmi les principaux producteurs de l’information financière.
Le comptable
externe peut assister l’entreprise dans l’établissement de ses états
financiers comme il peut prendre en charge l’ensemble du processus
de préparation de ces états.
Chapellier
(1994) relève une relation significative entre le degré d’implication
du comptable externe et les qualités des systèmes des données comptables,
notamment en matière de comptabilité financière.
Compte tenu
des raisons sus détaillées, la direction a la charge de :
- Recruter
des comptables internes en nombre et qualification suffisants
et assurer systématiquement leur mise à niveau via la formation
nécessaire.
- Se faire
assister par les professionnels de la comptabilité pouvant l’aider
à une meilleure production et exploitation de l’information comptable
financière.
5.
Les décisions à portée procédurale
La procédure
est soeur jumelle de la Liberté. [Lénine]
L’ensemble
des choix effectués et des décisions prises et qui touchent aux
dimensions structurelle, matérielle et humaine doivent se traduire
en un ensemble de procédures et faire l’objet d’une constatation
et d’une standardisation.
Cette opération
doit être prise en charge par la direction et sera matérialisée
par l’élaboration d’un ensemble de manuels et d’organigrammes.
Le principal
document à élaborer et à mettre à jour sous la direction des hauts
cadres et responsables de l’entreprise est le manuel comptable de
l'entreprise qui décrit particulièrement :
-
l'organisation
comptable de l'entreprise,
-
les méthodes
de saisie et de traitement des informations,
-
les politiques
comptables et les supports utilisés.
Il comprend
notamment les informations ayant trait :
-
à l'organisation
générale de l'entreprise,
-
à l'organisation
comptable de l'entreprise,
-
au plan
des comptes et à la description du contenu des comptes et
un guide des imputations comptables adaptés aux particularités
de l’entreprise et à ses besoins,
-
à la description
des procédures de collecte, de saisie, de traitement et de
contrôle des informations,
-
au système
de classement et d'archivage,
-
aux livres
comptables obligatoires et aux liens entre ces livres et autres
documents et pièces comptables,
-
au modèle
retenu de présentation des états financiers,
-
au guide
de justification des comptes et des travaux d'inventaire avec
des modèles de rapprochement et d'états de justification pour
les travaux récurrents,
-
au modèle
d'instructions d'inventaire,
-
à l'organisation
des travaux d'élaboration et de présentation des états financiers.
En sus de ce
qui précède, le paragraphe 26 de la norme comptable générale exige
qu’un document identifiant les supports comptables et définissant
leur contenu ainsi que les procédures de saisie et de traitement
des données dans la comptabilité et les liens entre pièces et livres
comptables doit être établi particulièrement pour les entreprises
qui procèdent à la centralisation mensuelle ou qui tiennent leur
comptabilité au moyen de systèmes informatisés. Ce paragraphe précise
que ce document peut être contenu dans le manuel comptable de l'entreprise
décrit précédemment ou tenu de manière séparée.
La norme générale
précise aussi que la direction a l’obligation de tenir un "manuel
de définition des tâches" qui lui permet d'attribuer les pouvoirs
ou de les restreindre pour accomplir ou mener des actions ou transactions.
Ce manuel décrit le cadre général pour la planification, la direction,
l'exécution et le contrôle des activités. Il doit :
-
couvrir
toutes les activités de l'entreprise,
-
définir
clairement les niveaux de pouvoir d'une personne donnée,
-
correspondre
au niveau de responsabilité professionnelle de la personne,
et
-
être mis
à jour en tenant compte des changements pertinents.
D’autres documents
qui dépassent le cadre comptable ne sont pas expressément mentionnés
dans le système comptable tunisien. Toutefois, leur élaboration
répond aux exigences d’efficacité et d’efficience requises dans
l’organisation comptable. La charge de superviser la définition,
la conception et l’élaboration de ces documents incombe à la haute
direction. Nous pouvons citer à titre indicatif :
-
le manuel
de contrôle interne financier définissant les risques liés aux
activités de l’entreprise et à l'impact qui en découle sur les
états financiers,
-
l’organisation
générale (organigrammes, fiches de fonctions) assurant notamment
une bonne séparation des tâches incompatibles eu égard aux dispositions
du manuel de contrôle interne et définissant les pouvoirs à
attribuer à chaque centre de responsabilité.
-
le manuel
de procédures administratives et de gestion (circuit d'information,
documents, acteurs, règles de gestion…) favorisant notamment
l'acheminement de l'information de base à partir du lieu et
du moment de son déclenchement vers le centre de traitement
comptable et ce, en tenant compte des préconisations prévues
dans le manuel de contrôle interne.
6.
Conclusion
Un des principaux
apports du système comptable des entreprises 1997 réside dans le
rôle primordial des dirigeants dans la définition des orientations
comptables et dans l’identification des principaux risques et sécurités
de contrôle à implanter au sein de l’entreprise.
Ainsi, l'application
des dispositions du système comptable 1997 exige l'implication des
cadres de la haute direction dans le processus comptable. Plusieurs
études ont montré que l'implantation réussie des nouveaux systèmes
d'information exige l'implication des diverses hiérarchies en relation
avec lesdits systèmes et en particulier celle des dirigeants.
Les lamentations
de plusieurs praticiens et professionnels de la comptabilité témoignent
de la quasi-démission de plusieurs cadres et managers des rôles
primordiaux qui leurs sont attribués ou plutôt de leur inaptitude
à assurer leur responsabilité dans le domaine comptable et organisationnel.
De telles limites
des dirigeants les privent des outils précieux et pertinents mis
à leur disposition, réduisent leurs facultés de jugement et affectent
négativement la qualité de leurs états financiers.
Bibliographie
-
Chapellier
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de PME – Essai d'observation et d'interprétation des pratiques,
Thèse de Sciences de Gestion – Université de Montpellier II.
-
Gordon L.
A. et Narayanan V. K. (1984), «Management accounting systems,
perceived environment uncertainty and organization structure
: an empirical investigation», Accounting Organizations and
Society, Vol. 9, N° 1,
pp. 33-47.
-
Ives B.,
Hamilton S. et Davis G. B. (1980),«A framework for research
in computer-based management information systems», Management
Science, Vol. 26, N° 9, pp.910-934.
-
Lacombe-Saboly
M. (1994), Les Déterminants de la Qualité des Produits Comptables
des Entreprises : Le Rôle du Dirigeant, Thèse de Sciences de
Gestion - Université de Poitiers.
-
Raymond
L. (1984), Une étude empirique des facteurs de succès d’un système
d’information en contexte de PME, Thèse présentée à l’École
des Hautes Études Commerciales (Montréal).
Bardaâ Nadhem
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